.81 Jusqu'à disparaître…
(2026-02-24, François Houste)Quand il rentra dans le studio, la musique était partout… Omniprésente. Presque visible sur les murs.
Il lui semblait qu'autour de lui, rien ne bougeait, pas plus les doigts des musiciens que les cordes des instruments. Et pourtant. Il le voyait. L'air vibrait, l'entourait. Les notes dansaient telles des oiseaux, des colibris confondant ses oreilles avec de larges fleurs dont elles auraient cherché le pollen.
Ébahi. Encore stone, et sous l'effet du buvard qu'il avait fait glisser sur sa langue quelques minutes plus tôt, il se laissa tomber sur un large coussin qui était posé là, dans un coin de la pièce. Il glissa, les fesses sur le sol et la tête en arrière, le dos comme en équilibre sur le tissus rembouré. Il se laissa submerger.
La musique était devenue liquide. Il la sentait baigner ses pieds, mouiller ses cheveux longs qui pendaient par terre. Parfois, innonder ses tympans et le rendre sourd. Alors, le son n'existait plus que dans sa tête, et résonnait comme un orgue à l'intérieur d'une cathédrale. Énorme. Abrutissant. Jusqu'à ce que la vague se retire et que ses oreilles, comme débouchées, ne laissent s'écouler le trop-plein de sonorités qui hantait sa cervelle.
Incaapable de bouger, il resterait là jusqu'à la marée basse. Jusqu'à ce que les crabes et les congas viennent piétiner sur le visage. L'enfouissent dans le sable. Il patienterait. Il n'avait rien d'autre à faire qu'attendre. Attendre jusqu'à disparaître sous la couche de sable fin que renforçait chaque vague qui n'était, il le savait, composé que de notes de musique.
Conches-sur-Gondoire / 24 février 2026